A propos du tableau : La sainte famille

Ceux qui suivent avec attention le travail pictural de Paul MORELLET savent qu’il s’est longtemps concentré sur une certaine spatialité bleue occupant tout le champ de la toile, et plus ou moins peuplée ou dépeuplée. En tout cas vide de présence humaine.

Puis est apparu, énigmatiquement d’abord (Palingénésie, 2013), explicitement ensuite (Retour au pays natal, 2015), le thème du pays natal.

                         Du pays en tant que lieu extérieur concret, la petite cité de Poncin, avec son église et sa grosse tour médiévale, le glissement s’est effectué vers le foyer natal, la famille (Mes parents se marient, 2017) et la propre enfance du peintre (Comme une image, 2016).

Cette Sainte Famille est de 2016.

Petit Paul est là, sous la protection de ses parents et aux côtés de sa sœur. Cercle familial donc, mais en même temps mention biographique indirecte, citation détournée de sa date de naissance : le numéro du mensuel L’Ami des Jardins est celui de décembre 1950.

Paul MORELLET semble ainsi engagé dans une démarche mémorielle, voire de piété familiale. A vrai dire, le grand-père, héros éponyme, avait donné picturalement et bien avant le signal, ou un signe avant-coureur d’une telle reviviscence.

Cette nouvelle orientation se coule dans les caractéristiques de la manière du peintre : le travail du fond, la précision du dessin, le choix de la frontalité, la citation et l’auto-référence (ici, L’Ami des Jardins renvoie au catalogue de la Manufacture de Saint-Etienne, mis à contribution jadis), le procédé du semis (ici des moutons, ailleurs des chevreuils, autrefois des éléments inanimés ou purement géométriques, tels que cocottes en papier ou angles).

A titre accessoire, la juxtaposition des diverses pièces constituant le quasi-collage qu’est cette toile vaut indication objective, voire nostalgique chez ce créateur profondément jardinier, de la réalité toute rurale du pays natal en 1950…

A l’emporte-pièce, mon diagnostic : le peintre géomètre de jadis et de naguère s’est effacé devant le chantre sensible de la terre, du vivant et des fidélités humaines.

  Jean Paul PONTVIANNE, Octobre 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.